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Premier Pas
Premier Pas
 · est l'album que Martial s'est offert en solo, en 2003, le temps pour lui d'explorer de nouveaux horizons... Il est plus intime, sans la cornemuse ou l'accordéon fidèles au groupe, on entre dans l'univers de Martial.

Dès les premières notes de cet album, on est entraîné dans la danse, grâce au violon de Robert Legall, sur un rythme vif et festif.
Mytho du Ghetto ouvre la marche et est, par la même occasion, le premier extrait du disque. Choix marketing discutable. Pour écrire cette chanson, Martial s'est branché pendant une semaine sur les radios rap françaises, afin d'être en phase avec le mouvement :-)

Il se débarrasse ici directement de ses détracteurs, et des critiques que les autres artistes du rap français pourraient lui faire. Manau s'est toujours démarqué de ce rap français par son authenticité et sa simplicité. Loin des clichés, des gangsters ou des autres problèmes traités habituellement dans ce milieu, le groupe est toujours resté fidèle à sa façon de penser, sans se laisser influencer. Pourquoi parler de problèmes qu'ils ne rencontrent pas ou qu'ils préfèrent, simplement, mettre de côté afin de se concentrer sur des choses plus intéressantes, plus constructives, pour eux ?
Parallèlement, le groupe a souvent dû justifier cette indépendance très marquée. Du rap qui n'est pas agressif, qui n'est pas non-plus vulgaire et, qui plus est, est interprété par 2 jeunes à l'image bien française, ça peut déranger. Ou même choquer. Avec ce titre, Martial répond à tout le monde, dès le départ, afin d'en finir et de pouvoir se concentrer sur la suite...
C'est également ce titre, Mytho du Ghetto, qui est le premier extrait de l'album. Choix qui, à première vue, peut être intéressant mais qui fera vite déchanter. Les radios n'ayant probablement aucune envie de soutenir un tel "débat" et ces dernières diffusant beaucoup d'artistes du milieu dont il est question, le single sera boudé.

La promotion de ce disque est rapidement compromise, surtout si on y ajoute le manque quasi-total de communication effectuée à ce niveau. À l'heure où ce sont les cadeaux Star Academy qu'on retrouve sous le sapin, difficile de susciter beaucoup d'intérêt pour un artiste qui se veut authentique et dont le dernier succès commercial remonte à cinq ans auparavant, mais qu'importe, il enchentera les amateurs de musique à la fois rythmée, festive et pleine de maturité, c'est là le plus important.

Premier Pas, l'album est là : Martial nous y livre de très beaux textes, comme à son habitude, et mélange avec adresse les ambiances dynamiques et les plus calmes. C'est pour le plus grand plaisir des fans du groupe qu'on découvre cet album, touchant de par sa sincérité et à la fois entraînant, intelligent, plus mur encore sûrement que les deux premiers albums du groupe.

Le troisième titre, Cette Fille, nous plonge dans un coeur ému, bouleversé et amoureux. Un texte qui pourrait être écrit par un adolescent, timide, charmé par une de ses camarades au collège. Il nous plonge dans l'univers romantique et mélancolique à la fois, d'un homme amoureux mais trop timide pour faire le premier pas. Un sentiment qui trouverait se refleterait dans une ballade. Comme si un coeur d'ado avait été cristallisé le temps d'une chanson. Ce titre était pressenti pour être le 2ème extrait du disque mais cet extrait ne verra finalement jamais le jour...

L'état d'mon époque est de loin un des titres les plus en phase avec les problèmes du monde actuel. C'est en tous cas le plus brut. D'autres chansons abordent des sujets bien précis, sous forme de métaphores ou de poésies, celui-ci les englobe tous. Simple mais efficace, Martial y décrit ici l'état actuel de la société. Les questions qui le touchent et qui perturbent cette planète. Le 11 septembre, la guerre, la pollution et bien sûr, le déséquillibre mondial, autant de thèmes qui sont abordés avec une émotion intense, qui nous laisse sans voix. Toutefois, Martial prend du recul et note, intelligemment, qu'à chaque époque son état...

Ensuite, l'artiste se glisse dans la peau d'une fourmi, pour une vie bien différente. Il y raconte la vie d'une fourmi, le travail, son rapport à la société et l'on peut y voir un parallèle avec l'être humain. Réduire la société à une simple fourmilière et y schématiser son fonctionnement ? Peu importe, l'histoire nous attendrit et séduit par son originalité... Martial en ressort aussi vite qu'il y est entré et retrouve son corps, bien humain cette fois, pour un autre texte émouvant et engagé.
Un peu de soleil nous raconte une histoire un peu trop humaine, peut-être, mais non-moins poétique et émouvante, car il se met ici dans la peau d'un vieil homme, condamné à mort. « J'avais un gun en main et le cerveau d'un gamin », le dérapage d'un jeune et sa vie bascule. C'est d'une douce mélancolie qu'il raconte les évènements de son passé qui l'ont poussé à attérir dans cet enfer. L'avenir est déjà mort mais il ne peut être plus dur encore que ce présent, et surtout, il y a une chance pour y voir le soleil...

Ensuite Cheguevarap nous rentraine dans la danse à toute allure. Martial rend hommage ici au Ché, un souvenir qu'il a gardé de son voyage à La Havane étant jeune. Cette chanson prouve encore que Martial a un phrasé exceptionnel et n'a rien perdu de son dynamisme. Un titre festif, qui ne manque pas d'entrain, et qui fait du bien. Couronné par un petit clin d'oeil aux femmes intouchables que ces messieurs apprécieront sans nul doute. Elle reste sur la ligne est composée d'un texte intelligent, qui met en avant les milliers de personnes échouant aux castings d'émissions faiseuses de stars. Quelques gagnants pour des dizaines de milliers de recalés, Martial sait utiliser son talent d'artiste pour mettre en valeur ces personnes, leur laisser une pensée, tout en critiquant froidement un système qu'il rejette.

Retour sur un ton plus léger avec Je ne t'en veux pas tu sais, qui donne la parole à un homme qui préfère rester seul, qui ne veut plus de soucis, après avoir souffert de la rupture avec sa compagne. La chanson, à la manière d'un Je Parle, n'évite aucun clichés mais toujours au service de l'humour : « C'est bon ma puce, c'était juste pour rigoler... Une vanne de plus, c'est pour m'aider à ne pas pleurer ! ».

Pour clôturer cet album, Martial nous quitte sur des chansons plus calmes. Assez de tiser nous rappelle une certaine chanson de Panique Celtique, cependant le thème est abordé plus sérieusement cette fois-ci. D'une manière plus sincère aussi, on sent la fatigue de l'état second que provoque la trop forte consommation... et de toutes ses conséquences sur le quotidien.

Et c'est sur une reprise du Métèque, de Georges Moustaki, que ces Premiers Pas s'achèvent. Ce titre illustre un peu la place qu'occupe Martial dans le milieu du rap français. Un étranger qui vagabonde entre les thèmes, toujours à la recherche d'un style musical sincère et d'innovation, refusant la facillité et restant, encore et toujours, d'une gentillesse et d'une modestie des plus attachantes.

En cadeau bonus, on trouvera un titre caché après Le Métèque, c'est un remix du Mytho du Ghetto ;-)

Notons enfin que deux chansons supplémentaires avaient été enregistrées pour cet album mais ne sont finalement pas parues dessus. Ne nous fâchons pas, chanson prometteuse mais dont les droits requis pour sa publication n'ont pas été reçus. Et une version très rock de Cheguevarap.

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